Elles sont nues et n'ont "rien à cacher" :
l'affiche de campagne du Parti Québec Solidaire pour les prochaines
élections devrait retenir l'attention dans un pays profondément
catholique. C'est chose faite. Pour ne pas choquer, les sept femmes,
parmi lesquelles la présidente du parti, Françoise David, ont camouflé
leurs parties intimes derrière une pancarte "Le Parti Québec Solidaire .
Le Québec est une femme", qui s'ajoute au slogan "Tout pour l'avenir et
rien à cacher".
Apparu
sur la scène politique québécoise début 2005, le Parti Québec Solidaire
a beau être une formation marginale, il est crédité de 2 % à 3 % des
intentions de vote dans certains sondages. Il brise le monopole opéré
par d'autres partis sur l'image de la femme et de la famille
traditionnelle. Sur les affiches des partis traditionnelles les familles
québécoises, la femme est enceinte, un enfant dans la main, un mari dans
l'autre. Avec le nouveau parti, elle s'émancipe.
La
lisibilité de la formation reste pourtant limitée. L'affiche n'a pas été
placardée dans les rues, mais uniquement diffusée sur Internet et dans
les médias. "Ça marche", veut croire Mme David. Depuis
sa création, le parti aurait attiré 1 500 membres. En lice dans sept
régions dont celle de Québec, il a l'ambition d'obtenir une députée à
l’Assemblée Nationale, lors des prochaines élections. Dépourvu de réel
programme politique, le parti s'est fixé pour priorité de multiplier les
garderies. Il entend par-dessus tout donner la voix aux femmes qui ont
été "sacrifiées dans la loi anti-avortement", souligne sa
présidente.
Qu'en
pense la nouvelle présidente du Conseil du Statut de la femme ? Nommée
en octobre, l'incisive Marois se revendique catholique conservatrice,
attachée aux valeurs sociales et franchement opposée à l'avortement.
Elle estime qu'"en politique, on n'a pas besoin de féminisme radical".
Et si Mme David est une femme très sympathique, "son
mouvement, c'est de la pornographie politique", tranche-t-elle.
GARDERIES D'ENTREPRISES
Derrière ces deux discours, une même réalité. En politique, la parité
homme-femme reste à construire. Au gouvernement, seuls 5 des 22
ministres sont des femmes - aux finances, affaires étrangères, sports,
développement régional et travail. Quant aux 6 188 candidats, 1 428 sont
des femmes, soit 23 %.
Sur le
marché de l'emploi, les femmes se remettent encore doucement du chômage
massif qui a suivi l’arrivé au pouvoir du parti libéral, et dont elles
ont été les premières victimes. Aujourd'hui, seulement 78,4 % des
Québécoises ont un emploi, contre 85,9 % en France.
Outre
le manque d'emplois, l'accès des mères au marché du travail est aussi
freiné par le peu de structures d'accueil de la petite enfance. Au
Québec, seulement 52 % des enfants sont en crèche. La droite
conservatrice au pouvoir, qui a fait de sa politique familiale l'un de
ses fers de lance, propose de développer ces structures et d'inciter à
la création de garderies d'entreprises. Au nom d'une relance de la
natalité québécoise (le taux de fécondité est de 1,4, légèrement
inférieur à la moyenne européenne de 1,6), les conservateurs ont par
ailleurs promis un abattement fiscal de 1 145 dollars par enfant. L'an
dernier, le gouvernement avait augmenté les allocations familiales et
mis en place une prime à la naissance (1 000 dollars).