Pour en finir avec le "Je me souviens" de Grand'Mère

Si
vous êtes comme moi (Pantoute! Ça me fait douter de la non-existence de
dieu.) et que vous venez de recevoir pour la quatorzième (fois?) le
diaporama xénophobe fait quelque part en France à partir du "Je me
souviens" de "Grand'Mère Johanne Chayer", sur notre soi-disant droit à
expulser les Musulmanes de l'espace public "pour leur bien",
retournez-donc à l'expéditeur l'excellent et très courageux texte des
femmes de la FFQ, ci-dessous.
Merci.
Martin Dufresne
Sociologue de réputation internationale
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Lettre ouverte - Réaction du Comité des femmes des
communautés culturelles de la FFQ sur les accommodements raisonnables
Nous sommes des féministes de diverses origines,
immigrantes ou non, actives et membres du Comité des femmes des
communautés culturelles de la Fédération des femmes du Québec, luttant
pour l'égalité entre les femmes et les hommes et pour l'égalité entre les
femmes de la majorité et les femmes des communautés ethnoculturelles et
racisées. Comme l'ensemble des féministes québécoises, nous luttons contre
toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, quelle qu'en
soit la source.
Malheureusement, ces dernières semaines, nous avons pu
constater que la société québécoise entretenait une grande méconnaissance
à l'égard de nos réalités. Ceci s'est exprimé par le biais des médias,
laissant entendre que nous apportions avec nous, comme « bagage », des
valeurs culturelles rétrogrades, opposées aux valeurs occidentales «
égalitaires » et que les droits que nous revendiquons étaient excessifs.
Nous voulons ici souligner que les discours sexistes
entendus et les arrangements, contraires aux valeurs d'égalité entre les
sexes, demandés par des intégristes de différentes religions et de
diverses origines (musulmane, juive, chrétienne) ne nous représentent pas.
Ils témoignent de la persistance d'un système patriarcal et d'un mode de
pensée sexiste qui existent encore, même dans des pays dits « développés
», y compris au Québec et au Canada.
Nous affirmons que les arrangements et les
accommodements raisonnables, contraires au principe d'égalité entre les
sexes, réalisés par certaines institutions québécoises avec des éléments
intégristes ou non issus de minorités religieuses, ne sont pas non plus
représentatifs de l'ensemble des communautés culturelles et religieuses
concernées et des femmes qui en font partie. Les généralisations
effectuées par ces institutionset par les médias témoignent d'un
relativisme culturel et de préjugés importants à l'égard des communautés
ethnoculturelles et racisées.
Cependant, pour nous, tous les types d'accommodements
raisonnables, y compris de nature religieuse, n'imposant pas de
contraintes excessives qui seraient contraires aux valeurs d'égalité entre
les sexes, devraient être respectés conformément aux principes de la
Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
Nos luttes féministes pour l'égalité entre les hommes et
les femmes, pour plusieurs d'entre nous, ont souvent commencé bien avant
notre arrivée au Québec. Dans ce sens, les valeurs d'ouverture, de
démocratie, de liberté et d'égalité entre les sexes qui représentent la
société québécoise, sont celles que nous défendons aussi.
Cependant, nous considérons qu'il y a actuellement une
saturation médiatique d'un traitement erroné de la notion d'«
accommodement raisonnable » et que cette campagne est imprégnée de
préjugés racistes, notamment ceux nous faisant passer pour des femmes
soumises et aliénées. Pour nous, cette campagne tend à :
- Nier l'apport de l'immigration et des femmes
immigrantes à la société québécoise en ne mettant l'accent que sur
l'aspect culturel et religieux, accentuant ainsi la distance culturelle
qui séparerait certaines communautés ethnoculturelles de celle de la
société québécoise.
- Raviver et donner une légitimité aux préjugés de
certaines couches de la population québécoise. Une attitude que, beaucoup
de féministes de toutes origines, heureusement, combattent afin d'assurer
aux femmes immigrantes et aux femmes des communautés ethnoculturelles et
racisées, la jouissance de tous leurs droits et un réel accès à une pleine
citoyenneté.
- Créer une diversion sur les vrais problèmes que vit la
grande majorité des femmes immigrantes et des femmes des communautés
ethnoculturelles et racisées, notamment, lorsqu'on se penche sur le taux
de chômage chez les femmes des certaines communautés. À cet égard, nous
pouvons citer les femmes arabes et les femmes noires. À cela s'ajoute la
discrimination dans le logement, la violence systémique et
institutionnelle auxquelles ces femmes font face, sans oublier leur manque
de représentation dans les institutions québécoises: publiques,
parapubliques et privées. Etc.
Nous déplorons le fait que la campagne médiatique sur «
les accommodements raisonnables » a constitué un « ressac » contre les
droits des minorités, incluant les femmes appartenant à ces minorités.
Nous pensons que les médias devraient avoir pour rôle de mieux informer la
population sur la définition, l'origine et la nature réelle des demandes
pour des « accommodements raisonnables » afin de lever certains préjugés,
d'éviter la stigmatisation des femmes de certaines communautés culturelles
et religieuses, et de favoriser enfin un débat éclairé.
Il nous semble que cette campagne médiatique qui a été
conjuguée à un mutisme de l'État, a encouragé une polarisation, une
méfiance et des divisions, au lieu de favoriser des solidarités entre tous
les membres de la société québécoise. Pour cela, nous saluons la mise sur
pied de la récente Commission de consultation sur les pratiques
d'accommodements reliées aux différences culturelles. Cependant, nous
déplorons également l'absence d'une femme à sa présidence.
Pour le Comité des femmes des Communautés culturelles de
la Fédération des femmes du Québec :
- Régine Allende Tshombokongo, directrice Centre
d'encadrement pour jeunes filles immigrantes
- Maliheh Ansary, technologue médicale, Association des femmes iraniennes
- Amel Belhassen, PhD sociologie, chercheure, enseignante au département
de sociologie, UQÀM
- Yasmina Chouakri, chargée de projet, Fédération des femmes du Québec
- Monique Crouillère, réalisatrice
- Sujata Dey, travailleuse communautaire et journaliste
- Hossine Hachem, Maîtrise en sociologie, DEA en anthropologie et
ethnologie sociale, étudiante à la maîtrise en travail social, membre
individuelle de la FFQ
- Angela Hernandez, sociologue, membre individuelle
- Fadila Kouider, conseillère en équité en emploi et langues officielles
- Badiaa Mellouk, Doctorat en pédagogie, Famille partenaires pour la
réussite éducative et sociale
- Magdalena Molineros, maîtrise en technologie de l'information et des
communications
- Pulchérie Nomo Zibi, PhD en Droit de la communication, consultante en
résolution des conflits, en gouvernance en genre
- Farida Osmani, PhD Sociologie, membre individuelle de la FFQ
- Alice Tofan, Association des femmes roumaines
- Marlène Valcin, membre individuelle FFQ
Appuyée par : Michèle Asselin, Présidente de la
Fédération des femmes du Québec
Source : Fédération des femmes du Québec - http://www.ffq.qc.ca