Progrès-dimanche
Général, dimanche, 25 janvier 2009, p. 2
Au lieu de porter plainte à la police
Les hommes pensent au suicide
Katerine Belley-Murray
CHICOUTIMI - "J'ai déjà eu connaissance que c'est
arrivé, mais c'est une minime proportion des plaintes reçues", affirme
Bruno Cormier, de la Sécurité publique de Saguenay, concernant les
plaintes pour violence conjugale portées par des hommes.
"Ce n'est pas régulier du tout. Peut-être que les hommes
ne portent pas plainte. Lorsque nous arrivons sur les lieux d'une
infraction, nous vérifions si les versions des deux personnes
correspondent et nous faisons une arrestation s'il y a lieu. Aucune loi ne
nous oblige à arrêter l'homme. Si la femme désire ne plus porter plainte,
une fois que nous sommes sur place, nous pouvons tout de même procéder à
l'arrestation de l'individu en vertu de la loi."
Il est impossible de connaître les statistiques exactes
concernant le nombre de personnes arrêtées pour violence conjugale,
puisque les dossiers ne sont pas répertoriés de cette manière par la
police. Il n'y a pas de code spécifique rattaché à la violence conjugale.
Ces crimes sont donc classés dans les rubriques "chicanes de famille" ou
"voies de fait".
Même chose au CAVAC
La directrice générale du Centre d'aide aux victimes
d'actes criminels (CAVAC) de la région, Nathalie Lamy, confie qu'il est
très rare que des hommes portent plainte contre leur conjointe. Elle a été
pour le moins surprise lorsque la journaliste lui a confié que les
statistiques révèlent que les hommes subissent davantage de violence
conjugale que les femmes.
"Nous avons juste à aller nous asseoir une journée au
Palais de Justice pour constater que ce sont les femmes qui sont le plus
souvent les victimes! Ça n'exclut pas qu'il est possible que les hommes
subissent aussi de la violence. On sait qu'il y a des groupes
masculinistes qui ont essayé de faire changer les perceptions. Le danger,
c'est de biaiser la réalité."
Environ 23 pour cent de toutes les problématiques
traitées au CAVAC sont liées à la violence conjugale.
"Nous avons des documents du ministère de la Sécurité
publique qui datent de 2003 indiquant que 84 pour cent des victimes de
violence conjugale seraient des femmes. C'est ce que nous observons
également au CAVAC."
Un commentaire qui tend à confirmer que les hommes ne
portent pas plainte au criminel.
Suicide 02
"Les hommes vont moins chercher d'aide et utilisent des
moyens plus radicaux", explique le responsable du secteur communautaire au
Centre de prévention du suicide 02, Laurent Garneau. Selon lui, il existe
beaucoup de services pour la population, mais ceux-ci ne sont pas
nécessairement crédibles pour les hommes. "C'est un constat d'échec pour
un homme que de demander de l'aide. Le fait que certains soient victimes
d'actes de violence conjugale ébranle tout ce que l'on entend
normalement."
M. Garneau considère que les hommes sont victimes de
plusieurs autres formes de violence. "Le chantage affectif et la cruauté
mentale mènent à la détresse. Il ne faut pas banaliser tout ça. Plusieurs
personnes rient lorsqu'un homme dit être victime de violence conjugale. On
croit qu'il n'a qu'à se défendre physiquement. Beaucoup de préjugés
demeurent. La peur du ridicule ou du jugement des collègues empêche les
gars de se plaindre", croit M. Garneau.
Selon le responsable, environ 80 pour cent des gens qui
se suicident chaque année sont des hommes.
Cent questions ont été posées aux 3023 répondants.
Environ 500 personnes ont répondu au sein des villes de
La Baie, Chicoutimi, Jonquière, Roberval, Dolbeau-Mistassini et Alma.
Voici quelques exemples de questions concernant la violence conjugale:
Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) poussé(e),
secoué(e) ou bousculé(e) (au cours des 12 derniers mois)?
Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) frappé à coups de
poing ou avec un objet dangereux (bâton, ceinture ou autre)?
Votre conjoint(e) a-t-il (elle) hurlé ou crié après
vous?
Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) battu(e)?
Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) agrippé(e)
brusquement ou immobilisé(e)?
Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) donné une claque ou
une gifle?
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