Séduction PQ
29-01-2009 | 14h06
Le
Québécois, dans la jungle multiculturelle de la drague, ne fait pas long
feu. Il traîne la patte, notre pure laine. Un peu de galon, pris sur le
champ de bataille de la séduction, ne lui ferait pas de mal. Car en
matière de tactiques d’approche, il se fait vieux... avant même d’avoir
touché la trentaine. À vue de nez, on a l’impression que la première
chose qu’il a aperçue, une fois sorti de
sa mère, ce sont des patins raccrochés.
Bien installé
au fond de son découragement, dont il rend le féminisme entièrement
responsable,
c’est avec méfiance que Papy Cruiser observe les femmes qui
l’environnent, rayant instinctivement celles qu’il trouve moches
(dégraissage qui représente 50% du lot), pour rager en son fort
intérieur contre celles qui lui sont inaccessibles et qui sont souvent,
tiens donc, les blondes de ses propres chums. Ou leurs filles. C’est à
ce moment précis où il se rend compte qu’il est lui-même susceptible
d’être rejeté, et que son statut de prédateur peut donc alterner avec
celui de proie, qu’il se dit:
crisse de
féministes.
C’est bien vrai, quand on y
pense: depuis que les femmes ont ébruité le fait qu’elles avaient des
goûts propres et qu’elles opéraient, elles aussi, une sélection parmi
les hommes avant d’en élire un, ou plusieurs, on est collectivement
tombés des nues. Une débarque dont on ne s’est jamais relevé. Autre
argument servant à expliquer une certaine torpeur: la castration des
femmes exercée sur la rhétorique de séduction, jugée sexiste et
avilissante. Il est désormais impossible, paraît-il, de chanter la
pomme, sans risquer une paire de claques. Il est impensable d’aborder la
femme comme un objet de désir, sans risquer l’excommunication.
Okay,
c’est vrai: la castration linguistique a eu lieu.
Pour preuve, tendez l’oreille. Autour, aucun mot cochon. Faites le test
et ouvrez l’œil: la simple évocation du désir charnel, un peu comme chez
les Talibans, a été radiée du discours et de la culture en général.
Surtout sur le Net qui,
depuis le
passage de l’infâme escouade de féministes mal baisées, qui par ailleurs
n’ont d’autre but que celui d’anéantir le plaisir des autres, ne
véhicule plus aucune image susceptible de plaire aux hommes, de les
conforter dans le sentiment de posséder, ne serait-ce que virtuellement,
un harem de femmes disponibles d’un clic, ou encore de les flatter dans
le sens du batte.
Quelle pitié.
Le «pure laine» dans un bar
Chose importante à savoir,
c’est que le pure laine célibataire, en bar, comme dans ses activités
sociales en général, ne vient jamais seul. Il sort en bande et, fort de
l’esprit d’équipe qui le protège des vexations, il enfile ses bières,
lymphatique, sans se préoccuper du monde extérieur.
À tel point
qu’on jurerait qu’il se fout (superbement) des femmes qui se trouvent,
malencontreuses créatures, dans son espace vital, que d’ailleurs il ne
regarde pas ou si peu. Mais attention, car ce n’est pas toujours vrai.
Au fond, il attend sans en avoir l’air. Il cherche le contact mais
refuse de jouer: le jeu, pour lui, n’est pas une partie de plaisir.
C’est une
perte de temps, risquée en plus.
La possible blessure d’orgueil ne vaut pas
la chandelle.
Si vous voulez que se
produise quelque chose, que vous êtes une femme, vous devez absolument
charger. Prenez en main la situation et foncez... comme vous devez en
avoir l’habitude, de toute façon, si vous vivez au Québec.
Le coup du Français de France
On oppose souvent, dans la
comparaison des diverses espèces de séducteurs basée sur leurs origines
ethniques, le pure laine au Français de
France. Étant européen, donc colonisateur, n’ayant pas été soumis à une
hégémonie religieuse dont il subirait encore, un demi-siècle plus tard,
les effets inhibiteurs,
ni castré par
un féminisme digne du stalinisme,
et souvent tout juste débarqué en terre nouvelle, l’accent guilleret, le
Français de France n’a pas la langue dans sa poche. Il possède le verbe,
dont il use avec aisance, laissant parfois percer une pointe de
condescendance qui n’est pas sans exciter la pure laine. Il a la verve
facile et la verge légère (c’est du moins ce qu’il laisse croire).
Il plaît assez à la
Québécoise peu habituée aux regards et aux compliments.
Un hic, en faveur de la désespérance du
Québécois, peut-être tenté de l’imiter: gare à lui s’il ose emprunter la
même attitude! Car il a le défaut de ne pas être Français. Son audace,
son arrogance, qui ne sont pas exotiques, deviennent donc inexcusables.
Ça, ce n’est pas juste:
devoir être frondeur tout en n’y ayant pas droit. Les filles, soyez
fairplay. Et les gars, cessez d’avoir
peur... à moins que vous ne soyez, au final, qu’indolents.
La regrettée Nelly
Arcand