Quand
est-ce que ça va être notre tour?
Michael
est né en Pensylvanie dans une famille d'immigrants italiens. À l'époque où
la guerre faisait rage au Vietnam, il avait un peu forcé sur les activités
pacifistes. À Philadelphie, il avait cambriolé le bureau de conscription de l'armée
américaine pour en faire disparaître la liste des conscrits. Il avait pensé
qu'en traversant la frontière, il éviterait les interrogatoires trop musclés.
Quand j'ai fait sa connaissance, c'était en 1975, j'habitait à Toronto.
Pour
bien se mettre dans le contexte, il faut bien comprendre que 1975, c'était
aussi l'année internationale de la femme. La propagande qu'on a subi cette
année là, c'est à peine croyable. Un jour, je me souviens très bien, Micheal
et moi faisions la file devant un cinéma de la rue Bloor. On y présentait le
dernier film de Stanley Kubrick Barry Lyndon. Je me souviens très bien
de quoi nous avions parlé ce soir là en attendant qu'on nous laisse entrer. On
avait parlé de féminisme. Je me disais que ce serait peut-être une bonne
idée de participer à la vague féministe. Micheal me l'avait déconseillé.
Selon lui, il aurait été inconvenant que des hommes se mêlent de participer
d'un mouvement qui, justement, consistait à s'affranchir du contrôle
qu'exercent les hommes sur les affaires de la cité. Son opinion, comme
d'habitude, était à-propos.
Pour
être tout à fait honnête, 1975, c'était aussi l'année de Saturday night
fever et je cherchais un moyen de rencontrer des filles. Je n'avais aucune
envie de trémousser le popotin sur une piste de danse sous une boule faite en
miroir.
Maintenant que le féminisme a fait son tour de piste, que ce serait au tour de
la moitié masculine de la société de se donner la permission de parler
d'elle, comment se fait-il que nous n'ayons pas droit à un très légitime
retour d'ascenseur? Faut-il absolument qu'on cède le passage encore une fois et
qu'on laisse à des femmes le soin de s'interroger sur les besoins des hommes?
-
«Heu, excusez, madame, c'est parce que vous occupez ma place.»
- «Qu'avez-vous
tant, M. Pageau, contre les femmes pour toutes les mettre dans le même
panier, faisant ainsi la même erreur que vous reprochez au «féminisme
sectaire» ?»
- «C'est
parce que, vous m'avez mal compris madame. C'est juste que vous êtes assise
dans mon fauteuil. Voyez, j'ai le billet. c'est mon siège. Je vous demande de
dégager.»
- «Goujat!»
Il
n'y a rien à faire. Faut-il absolument, quand on veut prendre sa place, manquer
de savoir-vivre? Faut-il absolument que j'aie beaucoup souffert pour en
être arrivé là? Croyez-le tant que vous voudrez mais c'est mon fauteuil et je
ferai ce qu'il faudra pour pouvoir m'y asseoir.
Comment
se fait-il que ce soit aussi compliqué? À l'occasion d'un événement qui
s'intitule Paroles d'hommes, comment un homme qui ne désire rien d'autre
que le droit d'exister peut-il démontrer qu'il ne cherche pas à interdire les
paroles de femmes? Mânes de mes aïeux venez à mon secours car bientôt il
sera trop tard.
Je
n'oublierai jamais le dernier plan du film que nous étions allés voir ce jour
là: un intertitre nous assurait que, de tous ceux dont nous avons suivi le
drame au cours des trois dernières heures, personne n'a survécu.
***
Nuances
de Sébastien Tremblay

Le Mouvement Égalitariste
est composé d'hommes, de femmes et de parents concernés et engagés.
Notre but ultime
est de mettre un frein à la désinformation et de construire une
société solide, intelligente et consciente.
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