Les hommes que la condition masculine
et l'exercice de la paternité intéressent forment deux grandes
famille. Il y a ceux qui reçoivent l'aide financière de l'État et ceux qui n'y
ont pas droit.
Ceux qui reçoivent l'aide de l'État
feignent adhérer à l'idéologie dominante; ils sont inféodés au féminisme
d'État. À l'aide des subventions de l'État, ils offrent des services aux
hommes qui, parce qu'ils ont été accusés par leur conjointe, sont désignés
être des hommes violents. Ils proposent aussi des services de thérapie de la
masculinité. Puisque la masculinité est une pathologie, c'est normal de
vouloir la guérir. Jamais ces gens là ne parleront ni des intérêts de la caste
des femmes ni du Pouvoir féminin. Lors de la messe du six décembre, ils
occupent les premières places, celles qui sont réservées aux marguilliers.
Quand ils sont invités à prendre la parole au prêche, ils parleront de patriarcat, de
violence faite aux femmes et de discrimination systémique dont les femmes,
toutes les femmes, sont les victimes. Ces gens-là sont des cloportes et des
compagnons de route. On n'en voudrait pas dans sa maison.
Ceux qui n'ont pas droit à l'aide de
l'État, pour leur part, sont des rebelles. Ils sont vertement critiqués dans
l'entourage de la ministre de la famille. On ne leur pardonne pas de ne pas
avoir honte, de fréquenter Content d'être un gars, d'oser critiquer le
fémisexisme vertueux et de s'accorder les libertés langagières réservées aux
femmes. Ainsi, si on parle librement de phallocratie jamais on ne
pardonnera l'usage du terme vaginocratie. On parle volontiers de Patriarcat
mais on ne pardonne pas de faire allusion aux intérêts de la caste des
femmes. Ces gens là sont barrés de la liste des amis de la ministre de la
famille. S'ils espèrent qu'un jour l'État s'occupe d'offrir des services
adaptés aux besoins spécifiques des hommes, c'est qu'ils devront d'abord
dégommer la ministre et, au besoin, retirer le pouvoir à tous les
gouvernements fémisexistes. Dans les circonstances, on comprend que le Pouvoir
féminin trouve des défauts aux discours masculins.
L'antipathie qu'éprouvent les
auxiliaires du Pouvoir féminin envers la grogne masculine est réciproque: les
rebelles se méfient des auxiliaires du Pouvoir féminin. Ainsi, lorsqu'avait
été formé le Comité de travail en matière de prévention et d'aide aux hommes,
le comité qui est responsable de la rédaction du Rapport Rondeau, certain
d'entre nous avions accueilli la nouvelle avec circonspections. La tradition
gouvernementale, la liste des membres du comité ainsi que son titre sibyllin
nous avaient amené à supposer que le comité ne tiendrait compte que des hommes
violents et des suicidaires. Si, plus de 17 mois après le dépôt du rapport
Rondeau, il demeure toujours «à l'étude» c'est sans doute parce que les
recommandations qu'il contient transgressent la convention selon
laquelle, pour mériter les ressources de l'État, les hommes doivent se
conformer au rôle qui leur est assigné dans le sociodrame fémisexiste, soit
celui d'agresseur.