Content d'être un gars
Glad to be a guy

Le 10 novembre 2005
Yves Pageau

  

 


Désormais, c'est maintenant. - From now on has started already.

Le vent de l'Histoire chante en moi

Il existe un valeur qui se fait appeler progressiste et qui consiste à piller les richesses comme s'il n'y avait pas d'avenir, comme si on pouvait l'emporter en paradis. So-so-solidarité avec MOI, ENCORE MOI ET APRÈS MOI C'EST ENCORE MOI; voilà le slogan de la modernité. La modernité marque la fin de l'Histoire. Pour ne pas porter la responsabilité d'épuiser les ressources réservées à notre descendance, on invente une Apocalypse prochaine. Notre civilisation agit comme un joueur compulsif qui entrevoit se suicider après avoir épuisé sa fortune.

Même si on refuse de l'entendre, le vent de l'Histoire continue pourtant de souffler. Alors que notre civilisation se comporte comme si nous étions la dernière génération, quand on prête l'oreille, on entend distinctement les mânes de nos ancêtres et celles de nos descendants. S'ils ne sont pas très heureux de la façon dont nous accomplissons les missions qui nous ont été confiées, ce n'est pas seulement à cause du réchauffement de la planète, de l'endettement des gouvernements ou de la désertification des sols cultivables. C'est parce que nous nous apprêtons à léguer à notre descendance une civilisation stérile.  Ils n'ont pas de félicitations à nous faire. Nous nous comportons comme une civilisation de monothéistes athées.

Quand la bien pensance écolo assure qu'on devrait tous mettre nos bouteilles au recyclage et privilégier le transport en commun, elle ne propose rien de bien transcendantal. S'agit-il de retarder la catastrophe de quelques décennies ou de donner bonne conscience aux électeurs? Le camion chargé de récupérer les déchets ne dépenserait-il pas plus d'énergie que sa cargaison ne contribue à économiser? Pourquoi ne pas plutôt ouvrir toute grande la fenêtre de l'Histoire? Le virage écolo ne se fera véritablement que le jour où l'on acceptera d'entendre la grogne de notre descendance. Les cris de la modernité couvrent malheureusement ceux des générations à venir.

Il se trouve que la descendance ne nous inquiète guère. De notre point de vue contemporain, il ne s'agit jamais que d'une génération de poupons roses et inoffensifs que nous croiseront qu'un court moment entre leur naissance et notre disparition. On se presse vers la sortie comme on s'empresse de quitter un restaurant pour ne pas croiser le regard du garçon de table quand le pourboire est insuffisant. Pour d'autres, la descendance pourrait très bien ne jamais exister. Ils sont convaincus que notre civilisation est sur le point de disparaître.

Le plus étonnant c'est que le texte d'opinion publié récemment par le regroupement politique progressiste Option citoyenne et qui se donne pompeusement l'air d'un manifeste est contresigné par Steven Guilbault, le responsable de Greenpeace. Quelqu'un devrait lui expliquer que le développement durable et la razzia systématique ne font habituellement pas bon ménage.