Il existe un valeur qui se fait appeler
progressiste et qui consiste à piller les richesses comme s'il n'y avait
pas d'avenir, comme si on pouvait l'emporter en paradis. So-so-solidarité avec
MOI, ENCORE MOI ET APRÈS MOI C'EST ENCORE MOI; voilà le slogan de la
modernité. La modernité marque la fin de l'Histoire. Pour ne pas porter la
responsabilité d'épuiser les ressources réservées à notre descendance, on
invente une Apocalypse prochaine. Notre civilisation agit comme un joueur
compulsif qui entrevoit se suicider après avoir épuisé sa fortune.
Même si on refuse de l'entendre, le
vent de l'Histoire continue pourtant de souffler. Alors que notre civilisation
se comporte comme si nous étions la dernière génération, quand on prête
l'oreille, on entend distinctement les mânes de nos ancêtres et celles de nos
descendants. S'ils ne sont pas très heureux de la façon dont nous
accomplissons les missions qui nous ont été confiées, ce n'est pas seulement à
cause du réchauffement de la planète, de l'endettement des gouvernements ou de
la désertification des sols cultivables. C'est parce que nous nous apprêtons à
léguer à notre descendance une civilisation stérile. Ils n'ont pas de
félicitations à nous faire. Nous nous comportons comme une civilisation de
monothéistes athées.
Quand la bien pensance écolo assure
qu'on devrait tous mettre nos bouteilles au recyclage et privilégier le
transport en commun, elle ne propose rien de bien transcendantal. S'agit-il de
retarder la catastrophe de quelques décennies ou de donner bonne conscience
aux électeurs? Le camion chargé de récupérer les déchets ne dépenserait-il pas
plus d'énergie que sa cargaison ne contribue à économiser? Pourquoi ne pas
plutôt ouvrir toute grande la fenêtre de l'Histoire? Le virage écolo ne se
fera véritablement que le jour où l'on acceptera d'entendre la grogne de notre
descendance. Les cris de la modernité couvrent malheureusement ceux des
générations à venir.
Il se trouve que la descendance ne nous
inquiète guère. De notre point de vue contemporain, il ne s'agit jamais que
d'une génération de poupons roses et inoffensifs que nous croiseront qu'un
court moment entre leur naissance et notre disparition. On se presse vers la
sortie comme on s'empresse de quitter un restaurant pour ne pas croiser le
regard du garçon de table quand le pourboire est insuffisant. Pour d'autres,
la descendance pourrait très bien ne jamais exister. Ils sont convaincus que
notre civilisation est sur le point de disparaître.
Le plus étonnant c'est que le
texte d'opinion publié récemment par le regroupement politique progressiste
Option citoyenne et qui se donne pompeusement l'air d'un manifeste est
contresigné par Steven Guilbault, le responsable de Greenpeace. Quelqu'un
devrait lui expliquer que le développement durable et la razzia systématique
ne font habituellement pas bon ménage.