Interroger
Il n'y a pas si longtemps, les
automobilistes pouvaient craindre devoir faire des détours pour traverser le
fleuve. Cette époque est révolue. La mode est maintenant au questionnement.
Il y a quelques jours, le 6 avril, on
présentait sur la rue Saint-Laurent un spectacle
artistique-féministe-radical auquel on a refusé l'entrée à une demi-douzaine
d'hommes dont l'allégeance au féminisme orthodoxe avait été jugée
déficiente. Les policiers qui avaient été appelés sur les lieux pour
expulser les mécréants se sont fait tirer l'oreille avant d'enregistrer la
plainte de l'un d'entre eux. Il a été agressé par quelqu'un qui jugeait que
sa présence n'était pas souhaitable. La question était de savoir si la loi
s'applique de la même façon selon le sexe du justiciable. La réponse est
non.
La présence des mécréants à la
grand-messe de l'égalité pour les femmes n'est rien d'autre qu'une rafale de
réponses à des questions implicites. Il est clair que l'égrégore incarné par
le rassemblement offre toutes les apparences d'une secte assiégée et
antagoniste envers ceux qui n'y adhèrent pas. Il ne serait pas étonnant de
les voir, un jour, tenter de fourguer un dépliant de propagande aux passants
du métro. La présence des mécréants, ce soir là, a offert aux misandres la
possibilité d'apercevoir leur insoutenable réflexion dans le miroir de la
réalité d'autrui. Ils ont eu la possibilité de prendre acte de la peur qui
les habite.
Le passage vers l'âge adulte,
comporte une période de dérapage propice à l'emprise de la pensée
dogmatique. C'est au cours de cette période que le jeune adulte se cherchant
de nouveaux points de repères a tendance à adhérer à un dogme grégaire. Ce
n'est qu'un lieu de passage envers lequel on se doit d'être indulgent. Passé
le cap des vingt-cinq ans l'angoisse de ne plus être un enfant s'estompe de
même que l'antagonisme envers tous ceux qui ne partagent pas sa vision
bornée de la réalité. Ceux qui, passé cet âge, persistent à croire qu'ils
font partie du peuple choisi n'ont pas beaucoup d'avenir. J'en sais quelque
chose pour avoir eu cet âge là moi aussi. Les certitudes de la jeunesse sont
aussi mignonnes que l'aversion de ladite jeunesse pour toute remise en
question.
Le processus de questionnement induit
par les mécréants s'adresse à tous les dogmes. Le procès de Benoît Leroux,
le Robin du Pont Jacques-Cartier, s'est instruit récemment. Il s'annonce
laborieux et promet d'offrir de multiples occasions de vérifier si le
système judiciaire respecte le principe fondamental qu'est l'apparence de
justice. Il y a des questions comme celle là qu'on préfère ne pas entendre.
Il y a aussi des réponses qu'on est gêné d'avoir donné.