Les
relations humaines, c'est compliqué. Il y a de multiples axes sur lesquels
on se positionne avec chaque personne avec qui on est en relation. Je ne
me permettrait pas, par exemple, d'appeler beau casque une tête
couronnée alors que pour une tête de lard, je ne me gêne pas. S'il devait
m'arriver d'appeler la tête de lard en question votre majesté,
dites vous bien que c'est parce qu'il est le roi des con.
Imaginons, juste pour les
besoins de la conversation, que les relations qu'on a avec autrui est
graduée sur une échelle de 1 à 10. Mettons. Cette échelle, représente les
façons de se comporter avec autrui selon un axe donné. Disons qu'en
présence d'une jolie personne de mon choix, je n'aurais aucun problème à
me promener les fesses à l'air alors qu'avec un médecin qui enfile un gant
de latex, c'est un peu moins évident. Dans les douches du gymnase, tout le
monde est à poil sauf moi qui porte un peignoir depuis que j'y ai croisé
un voisin. J'ai une petite gêne. Si je devais rencontrer un gros client ou
l'une de mes soeurs sur la plage nues fesses de Cayo-Coco, il pourrait y
avoir un sérieux malaise. C'est comme ça.
Sur mon échelle graduée de 1
à 10, 1 correspond à une manière très polie d’entrer en communication avec
autrui et 10 correspond à la sincérité totale. Le premier degré est un
degré tellement absolu de politesse que ça n'en vaut même pas la peine.
C'est le genre protocole, sourires et ronds de jambe.
Je connais une dame qui se
prend pour la reine du Ministère de la famille et qui demande qu'on la
traite avec la plus grande politesse. Elle se tapote le sternum pendant
des heures aussitôt qu'on tente de lui dire autre chose que ce qu'elle
veut bien entendre. Oui madame la présidente du Conseil. Certainement
madame la présidente du Conseil. Vous avez toujours raison madame la
présidente du Conseil. Mangez donc de la marde
madame la présidente du Conseil. Le degré un de la politesse est tellement
poli qu'à la limite, c'est presque du mépris. À ce compte là, ça ne
vaudrait même pas la peine de sortir du lit le matin tellement le reste de
la journée serait prévisible. Le plus drôle, voyez-vous, c'est que la dame
dont je vous parle se gargarise d'être détentrice d'un prestigieux diplôme
en communications alors que c'est strictement impossible de communiquer
avec elle. La dame est une tête de slip. On ne risque pas trop de la
croiser au paradis mais ce serait manquer de charité chrétienne que de le
dire.
Sur la même échelle, le degré
10 correspond à une relation tout à fait sincère où on se permet de dire
ce qu’on a à dire parce qu’on sait que l’autrui est capable de le prendre.
Compte tenu du fait que toute vérité n’est pas nécessairement bonne à
dire, c’est le genre de relation que je ne conseille à personne mais bon,
juste pour le besoin de la discussion et celui des œuvres littéraires, on
peut imaginer que ce genre de relation puisse exister.
Disons quelqu'un avec qui on
adopte le degré 5 de la sincérité. Quelque part vers le milieu de
l'échelle de politesse. Qu'est-ce que je fait avec ça? Je lui ménage la
susceptibilité mais je le varlope quand même un brin de temps à autre en
espérant qu'il survive. Si l'essai est
concluant, je pourrai augmenter la dose progressivement jusque vers ma
zone de confort qui se trouve autour du degré 7,4 sur l'échelle de la
politesse. Au delà, ça risquerait de tomber dans la familiarité et la
familiarité c'est au cas par cas en ce qui me concerne. Le mot clé c'est
progressivement. Il ne faut pas passer brusquement à un degré beaucoup
plus élevé de sincérité. Les gens pourraient mal le prendre et ils
seraient tentés de vous bitcher sur Entregars.com pour se venger.
L'important, c'est que l'interlocuteur sache, à tout moment, que vous ne
le lui voulez pas de mal. S'il s'offusque vous pourrez toujours lui dire
que ce n'est qu'une blague sans conséquence.
Et puis, il y a le crédit qu'on s'accorde à soi même. Là,
c'est la décote. Je pense qu'on aurait tous besoin d'un sérieux exercice
d'auto accréditation. En ce qui me concerne, j'ai cessé de me demander si
je suis adéquat et je fais ce que j'ai à faire comme je le sens et sans
demander la permission à personne. Ça m'a pris du temps à le comprendre
mais, finalement, il n'y a personne de mieux placé que moi pour faire ce
que j'ai le goût de faire de la manière dont je l'entend et rien que je
pourrais faire mieux que ce que j'ai le goût de faire de la manière dont
je l'entend. Je me dis que, pour qu'on en arrive tous là, pour que chacun
soit en mesure de donner le meilleur de lui-même, il faudrait qu'on se
l'entende répéter qu'on est adéquat. J'ai pris la résolution de le faire.
Ceux qui m'entourent vont se faire répéter qu'ils sont les meilleurs pour
jouer leur propre rôle et moi je vais probablement me faire dire que je
radote. Je suis le meilleur pour radoter.