Le 2 octobre 2011

 
Prions mes soeurs

La question est un classique du genre. ‘Quel est le bruit d’une main qui frappe?’ La question a eu la réputation de mener celui qui y réfléchit à l’illumination à la condition d’y réfléchir pendant sept ans dans une caverne de l’Hymalaya. La réponse est pourtant toute simple. Quand on ne précise pas le contexte de la légendaire main qui frappe la réponse coule de source. Le bruit d’une main qui frappe est… le bruit d’une main qui frappe. La solution est universelle.


Is it a 396?
454.
No shit!

Comment, comment? On dirait un haïku auquel il manquerait quelques syllabes; un haïku en comporte nécessairement dix-sept. Il s’agit d’un extrait des dialogues du film Two-Lane Blacktop * (1971). Sans son contexte l’extrait de dialogue n’a aucun sens. Attendez voir.

La scène se déroule dans une station service. Le pompiste affirme, ce n’est presque pas une question, que le moteur sous le capot de l’automobile dont il fait le plein doit bien avoir un volume de déplacement de 396 pouces cubes (6,490 cc). Le client du pompiste, le propriétaire de l’automobile en question le corrige. Il s’agit plutôt d’un moteur de 454 pouces cubes (7,440 cc). Étonné le pompiste rétorque ‘No shit’ qui est une contraction de ‘No bullshit’. En Français on dirait ‘Pas sérieux!’

Le vieil Archimède passait son temps à répéter qu’avec un point d’appui il serait capable de soulever le monde. Avec la même logique il aurait pu ajouter que sans un contexte la réalité n’a aucun sens. C’est exactement ce qui est arrivé au mythe de Marc Lépine. D’un drame qui, autrement, n’aurait été qu’un fait divers on a fabriqué le mythe fondateur du fémisexisme contemporain.

Les faits sont les faits. Quatorze victimes, toutes des femmes quinze quand on compte Lépine, vingt neuf si on inclut les blessés parmi lesquels il y avait des hommes, une trentaine si on inclut les témoins tous des hommes, qui se sont suicidé au cours des semaines suivantes. La légende parle d’un misogyne fini qui a fait irruption comme un malpropre, s’est écrié ‘J’haïs les féministes’ avant de procéder au carnage qui l’a immortalisé. Voici, à peu près, les clés imposées; personne n’est autorisé à les discuter.

Le contexte est toutefois très différent. Lépine avait développé une fragilité certaine autour du thème du rejet. Tout jeune sa mère l’avait confié à un foyer d’accueil afin d’avoir les coudées franches pour s’épanouir dans son vécu-de-femme, il avait été refusé par l’armée et refusé à l’école Polytechnique alors que son dossier était celui d’un premier de classe. Jusque là il n’y avait rien pour sauter les plombs. Sa sœur avait une amie, Maryse Leclair, qui avait été admise à Polytechnique avec un dossier scolaire équivalent à celui de Lépine. Elle s’amusait à le taquiner en soulignent que c’est plus facile pour les filles, la-la-lè-rheu, en raison de la politique de discrimination positive. Elle n’aurait pas dû.

Quand il a décidé que le monde des vivants ne voulait pas de lui, qu’il allait mettre fin à ses jours, Lépine a pensé à Maryse Leclair. Les autres victimes étaient des victimes collatérales. C’est Maryse Leclair qui était le yin de son yan; il lui réservait le chien de sa chienne. Les policiers ne sont pas intervenus comme il l’avait prévu et c’est Lépine qui a fait leur travail quand il n’avait plus rien à faire dans le monde des vivants.

Maryse Leclair n’a rien inventé, elle ne faisait que respirer l’air du temps. C’était branché, à l’époque, de se réclamer du féminisme. Surtout quand on a été favorisé par une politique fémisexiste. Le féminisme d’alors, comme celui qui a cours aujourd’hui consiste à faire preuve de mépris envers les hommes. Souvenez-vous quand la Pelchat parlait des gros-machos pour désigner les hommes. Ce sont des choses qui ne seraient pas acceptables pour désigner qui que ce soit d’autre.

Quand Guy Turcotte, le cardiologue de Saint-Jérôme, a tenté de se suicider après avoir poignardé ses deux enfants on a évoqué la possibilité de tenir une commission d’enquête sur la cause des trop nombreux drames familiaux qui se déroulent au Québec. Le projet est rapidement tombé dans l’oubli. Le docteur Turcotte avait été évincé de chez lui et remplacé dans le foyer qui n'était plus le sien par l’amant de sa femme que ses enfants devaient appeler ‘papa’. Si on a renoncé à s‘interroger sur la cause des nombreux drames qui pointent inévitablement vers la culpabilité masculine c’est parce qu’on connait la réponse.

On n’a rien compris. Ce serait important de s’interroger sur l’importance du contexte qui permet d’interpréter le drame de Polytechnique. Françoise, oh ma Françoise, propose faire adopter par l’Assemblée Nationale une motion qui désigne le drame de Polytechnique comme un geste misogyne. La bougresse propose de sacraliser un fait divers. Y aura-il communion sous les deux espèces?


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http://www.youtube.com/watch?v=rF_ZLTqXwZ4&feature=related