Le retour du mâle
J'écoute depuis deux
semaines sur Radio-Canada la série Les Tudor. Comme tout le
monde, j'ai remarqué et admiré (envié même) les traits et le
physique de Jonathan Rhys Meyers dans le rôle de Henri VIII. Les
détracteurs de la série disent qu'il fait ressembler le roi à un
rat de gymnase moderne. Pour ma part, je ne vois pas pourquoi
les hommes nobles du Moyen-Âge et de la Renaissance - la série
se situe au passage de l'un à l'autre -, n'auraient pas cultivé
leur image et leur corps. En fait, on voit bien par les bijoux
et les vêtements qu'ils cultivaient leur image.
Dans le même esprit, je
ne vois pas pourquoi, ils n'auraient pas pris le temps de se
muscler et de se sculpter un corps puissant et agréable à
regarder. Quant à la beauté, elle n'est pas exclusive à notre
siècle et je ne vois pas pourquoi on n'aurait pas choisi un bel
acteur pour interpéter le rôle du grand roi. Voilà pour la
véracité historique.
Ce qui m'a frappé
cependant, c'est que cette série contemporaine met en scène avec
tant de complaisance la beauté masculine des traits et du
physique, la force, l'animalité, l'agressivité d'un jeune homme.
Le comédien et son personnage habitent l'espace, au détriment
des femmes d'ailleurs. S'ajoute en plus le compagnon du roi,
aussi beau, aussi fort et aussi viril.
Il me semble que nous
assistons aux débuts d'un mouvement où les caractéristiques
masculines sont mises en valeur et même exaltées. Bonne
nouvelle, avec le retour d'Indiana Jones, le mouvement semble
toucher toutes les générations d'hommes, démontrant que ce ne
sont pas que les jeunes qui ont le monopole du goût de la
compétition, de l'agressivité, de la force et de la bagarre.
Bien sûr on y ajoute maintenant l'érotisme, la séduction et l'ani-mâlité.
Les femmes adorent et les hommes aussi parce qu'ils y
reconnaissent une image d'eux-mêmes qu'ils aiment bien.
À la suite de la lecture
du récent éditorial de Martin Clément, que je félicite de ses
propos, je me suis mis à analyser comment les gars et les filles
s'habillent. J'ai découvert qu'une bonne partie de la population
des adolescents et jeunes adultes reproduisent la nette
différenciation entre hommes et femmes qu'on voyait naguère
avant le temps des minets et des filles qui ne se faisaient pas
les jambes.
En effet, je vois de plus
en plus de jeunes filles/femmes hyper-sexualisées, arborant ce
que j'appelle le look "petites pétasses" déjà décrit. Quant aux
garçons, ils adoptent le look "voyou" : gilet sans manches
mettant en valeur des biceps gonflés, tatouages bien en vue et
teint bronzé. Les cheveux sont très courts et forment une espèce
de continuité avec la perpétuelle barbe de trois jours.
Oui, les jeunes s'hyper-sexualisent
et jouent le jeu de la séduction animale mais pour ce faire, ils
mettent beqaucoup d'accent sur la différenciation des sexes. Il
me semble que ce devrait être une bonne nouvelle pour nous les
hommes: la virilité et la féminité reviennent à la mode. Bien
sûr, ce peut être un jeu dangeureux mais, bien canalisé, ce
pourrait être un nouveau départ.