J'ai une bonne et une mauvaise
nouvelle. La mauvaise est que la propagande est efficace. Elle
transforme des idées farfelues en d'irréfutables vérités. Vous
croyez que j'exagère? Écoutez autour de vous. Écoutez ce que les
trompettes médiatiques claironnent. On nous avait déjà offert du
yogourt et ça n'avait pas suffi. Nous avons maintenant droit à
du yogourt probiotique zéro-plus. Pensez-y,
probiotique et zéro-plus dans le même produit,
et on mord à l'hameçon. Ça me rappelle la lessive aux enzymes
dont on avait fait croire qu'elle est remplie de micro
organismes qui dévorent la saleté. Quels imbéciles nous sommes.
Heureusement qu'il y a aussi une bonne nouvelle. Ce que la
propagande a fait la propagande peut aussi le défaire. Le
paysage des idées reçues se transforme continuellement comme les
dunes du désert sous l'effet du vent.
J'ai récemment ajouté un mot à
mon vocabulaire: épiphénomène. Pour simplifier il s'agit
de phénomènes auxquels on a tendance à n'accorder aucune
importance. Je pense, au contraire, que ce qu'on croit n'être
que des phénomènes sans importance sont les signes les plus
révélateurs de l'état d'une situation autrement insaisissable.
Ce sont des oracles. Il faut savoir les interpréter.
Dans les transports en commun
il y a toujours des sièges réservés à ceux à qui on devrait tout
naturellement céder son sa place. Ils sont clairement identifiés
d'un pictogramme sur lequel sont représentés un vieillard, un
estropié et une femme enceinte. Observez bien. Ces sièges sont
généralement occupés par une dame qui n'est ni âgée, ni
estropiée ni enceinte et qui ne porte aucune attention aux
passagers qui l'entourent. Les femmes ont intégré la notion que,
quand on est une femme, on n'est pas tenu de respecter les
conventions qui rendent possible la vie en société. La
propagande victimaire a créé une caste de barbares.
Il ne faut jamais hésiter à
faire remarquer à la dame votre étonnement qu'habituellement une
femme enceinte profite du ventre et que, dans son cas, sa
progéniture se soit logée dans son postérieur. Le regard qu'on
vous lance dans ces moments là c'est è peine croyable.