La Gazette des gonzes

 


Le 18 février 2009


Yves Pageau


Content d'être un gars
Glad to be a guy

Négociations avec Saint-Pierre

Supposons, pour un moment, que l'histoire du ciel et de l'enfer ce soit vrai. J'ai dit supposons. On appelle ça suspension consentie de l'incrédulité (suspension of disbelief). On sait que c'est arrangé avec le gars des vues mais on a choisi de faire semblant d'y croire pour connaître la suite de l'histoire. Un petit effort je vous prie. Je vous demande de me suivre sur le chemin de l'improbable.

L'histoire qu'on nous avait racontée c'est qu'après la mort l'âme des défunts est dirigée vers le ciel où, si on a été une bonne personne, on est admis par Saint-Pierre dans un lieu de béatitude éternelle. Aucun lien de parenté. Les autres, ceux qui sont reconnus coupables d'avoir fait le mal, iront souffrir éternellement en enfer. That's what you deserve baby! Il y a des lacunes, j'en conviens, mais c'est une piste qui vaut d'être suivie.

Remontons le fil du temps. Nous sommes le jour d'avant. Notre agonisant est encore lucide et il fait le bilan de sa vie en se disant qu'il ira bientôt rejoindre ses ancêtres. Si c'était à refaire, se dit-il, est-ce que je ferais la même chose? Autre coup de baguette magique. Nous sommes quarante ans plus tôt. L'agonisant est un jeune homme dans la fleur de l'âge qui peut encore maintenir une érection rigide et tout ce qui pourrait suivre n'est pas encore arrivé. Notre agonisant est maintenant bien vivant et tout disposé à améliorer son bilan de vie.

On est sollicité par une organisation politique, on se fait élire, on devient ministre on fait la promotion de politiques qui ne servent ni l'intérêt des gens qu'on s'est engagé à servir ni les principes qu'on s'est engagé à respecter. Ça se pourrait aussi qu'on soit maladroit et qu'on parle un jour des dernières politiques comme d'une erreur de parcours. Ça se sent ces choses là. Quand c'est toujours la même rengaine on finit par comprendre et on souhaite que l'enfer existe. Le plus probable est que les gens qu'on pense être en position de pouvoir sont inféodés à des groupes d'influence qui leur dictent leur conduite. Ce n'est pas une excuse pour se comporter comme une crapule direz-vous. C'est aussi l'argument qui a servi à condamner certains des accusés lors du procès de Nuremberg. La corde fait mal mais ce qui est pire c'est ce qu'on a fait pour la mériter.

J'ai la nette impression qu'au moment d'accéder à un poste de pouvoir les membres de la classe politique, comme ceux qui appartiennent à la classe médiatique, vendent leur âme. Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie. Seraient-ils ignorants des malheurs vers lesquels ils nous guident. Ils se disent peut-être qu'il vaut mieux se rouler dedans maintenant qu'ils savent se diriger directement en enfer.