La Gazette des gonzes


Le 8 mars 2009


Yves Pageau

Content d'être un gars

Glad to be a guy

Épiphénomène

On a l'habitude qu'une réflexion chemine jusqu'à une conclusion. Quel est le bruit d'une main qui frappe? Contrairement à l'idée répandue il ne s'agit pas d'une question sans réponse servant à désactiver la réflexion et à provoquer l'illumination de celui qui y a réfléchi dans un monastère tibétain pendant sept ans, sept jours et sept minutes et sept battements de paupières. C'est une véritable question qui comporte une véritable réponse. Le bruit d'une main qui frappe que ce soit contre n'importe quelle surface, à n'importe quelle vitesse et dans tous les contextes sera toujours le bruit d'une main qui frappe. Il fallait, pour y arriver, une réflexion qui remonte jusqu'à sa conclusion.

Quand j'avais l'âge de me demander d'où vient l'eau qui s'écoule du robinet le mot écologie n'existait pas. À l'époque son équivalent, le Catholicisme, était aussi enseigné aux enfants. On parle aujourd'hui d'économiser les ressources et de recycler les déchets; on parlait à l'époque de contribuer à favoriser un monde meilleur. Bien que l'idée soit essentiellement la même je préfère l'ancienne façon de l'exprimer. Elle embrasse plus large que les vidanges.

Il y a de ça bien longtemps j'avais senti la misandrie ambiante. Pour ne pas risquer de confondre l'impression laissée par quelque épiphénomène insignifiant et une tendance lourde j'avais accumulé dans un cahier les coupures de journal qui confirment mon impression. Le portrait est rapidement devenu accablant. C'est alors que je me suis impliqué auprès d'un organisme communautaire qui offrait des services aux pères qu'on tente d'évincer de la vie de leur enfant. Encore aujourd'hui je suis habité par l'idée de contribuer à favoriser un monde meilleur. Ce n'est pas très moderne mais l'idée de m'en excuser ne m'a jamais traversé l'esprit.

L'organisme en question, la Maison père enfant offrait, entre autre, un service de visite supervisée. Dans le contexte d'une rupture conjugale il est fréquent que la femme porte plainte contre son conjoint qu'elle accuse d'avoir été violent à son égard. La garde des enfants, la résidence et la pension alimentaire sont alors attribués à la victime présumée et, en attendant le procès du présumé innocent, l'accusé n'aura le droit d'être en contact avec ses enfant que sous la supervision d'un intervenant. L'organisme en question ne recevait aucune aide financière de l'État. C'était lamentable. Les pères et leurs enfants étaient entassés toute la journée dans une pièce inadéquate. Accompagnés d'un bénévole ils avaient aussi le loisir de circuler, d'aller jouer dehors, d'aller au cinéma, au Biodôme, dans la famille ou chez papa.

C'est à cette époque que j'ai découvert l'existence du féminisme d'État pour lequel les hommes sont indignes d'attention parce qu'ils sont violents. C'est ce que Diane Lavallée, la présidente du Conseil du statut de la femme d'alors, avait déclaré lors d'un reportage sur la misandrie diffusé à Télé-Québec. J'en ai conservé une copie. La clientèle à qui on refusait de l'aide n'avait pas fait l'objet d'une condamnation et même s'ils avaient été reconnus coupables c'est la relation qu'ils tentaient de maintenir avec leur enfant qui était ainsi menacée. Ne dites pas que c'est bien fait pour leur gueule car ça me donnerait envie d'entrer dans les statistiques. Si c'est aussi ça le féminisme proposé, ai-je alors décidé, il aurait désormais un opposant acharné. Toute relation filiale est sacrée. Puisque le féminisme contribue à ce genre de maltraitance j'allais désormais avoir le devoir de le contrecarrer.

J'ai pris cette décision le jour où j'ai assisté aux funérailles d'un père qui avait choisi de quitter le monde des vivants. Les funérailles d'un suicidé sont devenues par la suite un rituel récurrent. L'accélération de leur fréquence mesure la détérioration de la condition de vie des hommes.

En janvier 2004 le Comité de travail sur la prévention et l'aide aux hommes que présidait Gilles Rondeau remettait son rapport au ministre de la Santé. Quelques mois plus tard un regroupement d'organismes féminins que seule la cupidité semble motiver demandait au ministre de la Santé de ne pas donner suite aux recommandations contenues dans le rapport Rondeau. Plus de cinq ans plus tard celles-ci demeurent toujours à l'étude. Rien n'indique qu'elles seront un jour mises en application. C'est vers cette époque qu'on a commencé à m'accuser d'être un masculiniste haineux. J'ai récemment obtenu le titre beaucoup plus prestigieux de masculiniste frustré.

Quand, récemment, j'ai entendu l'animatrice de télévision Marie-France Bazzo déclarer qu'elle considère les préoccupations masculines indignes d'intérêt et de tribune j'ai été saisi d'une cordiale animosité envers la position qu'elle défend. Je la sais motivée par la haute opinion qu'elle a d'elle même; c'est son point faible. J'en demande pardon à tous ceux que la chose offusque mais je n'ai pas l'intention d'encaisser ce mépris sans broncher. Je m'y suis engagé envers ceux qui en souffrent. Je m'y suis engagé aussi envers notre descendance.