L'histoire
est celle de deux villes jumelles dont le nom est encore évoqué dans
le domaine de la sexologie. Ces villes étaient peuplées de gens
tellement peu fréquentables que l'auteur du désastre avait le projet
d'y faire table rase. Après discussion l'auteur du désastre en
question avait décidé de chercher une autre solution si un seul des
habitants d'une de ces villes se comportait en honnête citoyen.
Il n'y a
que quelques jours, c'était le 21 mai dernier, le plus
invraisemblable des procès a connu son dénouement dans
l'indifférence générale. Daniel Bédard, accusé d'avoir mis trop
d'insistance à assurer le suivi de la plainte qu'il avait déposée
auprès de l'Ordre des ingénieurs du Québec a été condamné à
cinquante quatre mois d'incarcération. En termes juridiques
l'accusation en était une de harcèlement. Comparée à d'autres
sentences on pourrait croire que le crime est sanglant. L'accusé
aurait aimé se défendre sans avocat. Le juge Mongeau qui présidait
le tribunal a décidé que l'accusé était trop indiscipliné pour avoir
droit ni de se défendre ni à un plaidoyer. Allez zou en cellule le
Bédard. Que cache donc cette affaire? Il serait bien imprudent
d'oser en dévoiler la face cachée. Il faudrait en dire que le juge
Mongeau aurait agi avec rigueur. C'est malheureusement tout le
contraire qui s'est produit: Richard Mongeau s'est comporté comme
un malpropre.
Le crime
reproché à Bédard n'a rien à voir avec celui dont il a été accusé et
pour lequel aucune preuve valable n'a été produite devant le
tribunal. Le principal argument de l'accusation était que Marc
Lépine et Valéry Frabrikant visaient tous les deux des ingénieurs et
qu'en s'adressant avec insistance à l'Ordre des ingénieurs du
Québec Daniel Bédard avait fait la démonstration qu'il avait lui
aussi des intentions malveillantes. Comme c'est
malheureusement trop souvent le cas au Québec il flotte sur toute
cette affaire une odeur de corruption: quand on s'adresse à un ordre
professionnel il ne faudrait jamais mettre en doute l'intégrité de
ses membres. Il y aurait dans toute cette histoire une défaillance
structurelle qui justifie qu'on tente par tous les moyens de réduire
l'accusé au silence. J'en ai déjà trop dit. S'il devait m'arriver
malheur j'aimerais qu'on prenne bien soin de ma collection
d'emballages d'anchois. Un accident est si vite arrivé.
Devant une
situation semblable la réaction naturelle consiste à détourner le
regard et prétendre croire, en espérant qu'un viaduc ne nous tombe
pas sur la tête, que le condamné ne peut qu'être coupable. Tant
qu'on n'a pas visité l'intérieur d'un wagon à bestiaux on choisit de
se croire à l'abri des dérapages dont le juge Mongeau et ses
complices sont capables. Qu'est-ce qui nous permet d'en être assuré?
Depuis le
temps j'ai compris que mes souhaits finissent souvent par se
réaliser. Il ne s'agit pas de force psychique mais d'intuition. Un
seul membre de la magistrature fera-t-il preuve de l'intégrité
nécessaire pour renverser la vapeur? Un seul c'est pas beaucoup. Il
n'aurait qu'à évoquer le discrédit que cette affaire jette sur
l'administration de la Justice.