La Gazette des gonzes


Content d'être un gars Glad to be a guy


Le 10 juin 2009


Yves Pageau

Le désordre

Il n'y a pas de néant ni avant ce qu'on décide d'appeler le commencement ni après ce qu'on dit être la fin. Quand on parle d'un début et d'une fin c'est qu'on raconte une histoire. L'histoire dont je parle a commencé au début 2005. Ils étaient quelques-uns, une pincée sans plus, qui avaient jugé important d'inclure le point de vue des hommes dans la question sur l'égalité. En faisant le bilan je comprends que le déroulement de la démarche peut laisser croire qu'elle avait été soigneusement scénarisée. Même improvisée elle comporte une implacable logique.

C'était en début d'année. Le Premier ministre canadien avait reçu une lettre l'enjoignant d'ouvrir la conversation sur les points de vue masculins en matière d'égalité; il avait quarante jours pour se manifester. Au-delà de ce délai la lettre adressée au principal représentant du pouvoir politique annonçait que des désordres allaient survenir. Le délai expiré des panneaux réclames ont été piratés pour annoncer le début des désordres. L'incident est passé presque inaperçu dans l'espace médiatique.

La prochaine étape a été d'introduire des bestioles au Palais de Justice, dans le bureau de comté de députés fédéraux et dans celui d'avocates engagées à anéantir l'homme dans les affaires conjugales. Le grillon avait été choisi pour l'opération. On a longtemps continué d'entendre leur stridulation dans les Palais de Justice partout au Canada. L'incident avait fait l'objet d'entrefilets dans des quotidiens. C'était la première étape.

En mai 2005, c'était le samedi précédant le jour de la Fête de la reine Victoria, Daniel Bonin, un manifestant déguisé en Spiderman avait escaladé la Croix du Mont-Royal pour y dérouler une banderole. C'était sans conséquences pour la population; aucune accusation n'avait été retenue contre le manifestant. Les policiers s'étaient contentés de lui conseiller de ne pas recommencer.

Deux jours plus tard, c'était un jour férié, un autre manifestant avait escaladé la structure du Pont Jacques-Cartier pour y dérouler une banderole sur laquelle on pouvait lire les mots Égalité parentale. L'incident avait eu un important impact dans les médias mais il avait eu lieu une journée de congé et avait été sans conséquence importante sur la circulation automobile. Les questions masculines étaient soudainement entrées dans le discours des médias; on reprochait à Benoît Leroux, le manifestant qui portait le costume de Robin l'acolyte de Batman, de ne pas utiliser des moyens efficaces pour se faire entendre. Des moyens jugés efficaces avaient pourtant été utilisés sans succès depuis des années. Le ton avait monté.

L'été 2005 avait été sans histoire puis, c'était en septembre, le même pont a été escaladé de nouveau causant un embouteillage monstre. C'était déjà moins cordial. Les autorités avaient choisi d'ignorer les messages précédents; le ton avait encore monté. Prenant modèle sur une opération semblable tenue à Londres l'année précédente Andy Srougi qui avait exécuté l'opération était déterminé à tenir plusieurs jours. Il avait tenu quelques heures. Sur la banderole déployée ce jour là on pouvait lire Papa t'aime. Même si les automobilistes avaient été exaspérés le message est resté sans suite. La semaine suivante Benoît Leroux, celui qu'on appelait le Robin du Pont avait été reçu lors de l'enregistrement de la version Plateau Mont-Royal de l'émission Tout le Monde en parle. Le message était clair: le dérapage fémicentriste est dévastateur. Pendant cette année là le Gouvernement du Québec a tenu une Commission parlementaire qui devait aboutir à une politique cohérente au sujet de l'égalité entre les femmes et les hommes. La politique en question ne comporte que des avantages pour la caste des femmes et son application a été confiée au Secrétariat à la Condition féminine. On avait omis la cohérence dans cette histoire.

Au printemps 2006, sans avoir été sollicité, c'est Mario Morin qui avait escaladé un panneau réclame placé tout près du même pont. Le personnage faisait peur l'air de dire "Vous avez fait semblant de ne pas comprendre ceux qui avaient le bon ton. Je vais vous montrer à quoi ressemble le monstre que vous avez créé." Trois ans plus tard Mario Morin est toujours en Prison. Il devrait y être encore longtemps.

Depuis les discours masculins sont interdits dans les médias. L'aviez-vous remarqué? On n'entend plus que les campagnes de propagande gouvernementale qui répètent que les hommes sont essentiellement des violeurs, des pédophiles et des batteurs de femme. On entend aussi des chroniqueuses féministes qui discutent entre elles de condition masculine. Les opérations de communication gouvernementale étaient prévues par la politique gouvernementale sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Le thème des prochaines campagnes de propagande y sont aussi prévus.

Depuis Benoît Leroux a subi un long procès qui l'a mené jusqu'en Cour Suprême. Il y a quelques jours il a été condamné à quelques heures de travaux communautaires. Andy Srougi avait reçu une sentence semblable quelques mois plus tôt. Le message a été transmis. S'il est resté sans écho il n'est pas sans conséquence.

La réclame de Bell diffusée ces jours cis à la télévision met en situation un homme sans envergure et une femme qui l'infantilise. Parlez-en autour de vous et vous comprendrez que, même si elle est lente, la démarche se poursuit.