C'est
troublant de penser que des adultes, autrement raisonnables,
feignent croire les balivernes que leur racontent les curés. La vie
éternelle, l'au-delà soit à la droite de Dieu soit à la gau-gauche
de Diable, la résurrection, les nuages, les harpes, les flammes
perpétuelles et surtout le sang rédempteur déguisé en vin de
mauvaise qualité. Tout ça ressemble aux histoire qu'on raconte aux
enfants à l'heure d'aller au lit pour les terroriser jusqu'au matin.
Ce serait tellement plus simple d'admettre qu'on n'a aucun moyen de
savoir ni l'existence de Dieu ni sa non-existence ni ce qui
adviendra de la tante à héritage après qu'on aura touché le magot.
On peut toujours spéculer mais ce sera sans indice. Aucune hypothèse
n'est vérifiable.
Ceux qui
professent la croyance en la non existence de Dieu ne sont, eux
aussi, rien d'autre que des croyants. Demandez leur de dévoiler
leurs preuves et ils s'empresseront de parler de la raison
raisonnable et des superstitions méprisables qui ont maintenu
l'humanité dans l'ignorance. Eux non plus ne savent pas de quoi ils
parlent mais ils en parlent avec mépris envers ceux qui ne partagent
pas leur croyance. On aime bien affirmer qu'on sait alors qu'on ne
fait que croire. Nous sommes tous des agnostiques, des êtres sans
connaissance. C'est très bien comme ça. Il reste la liberté de
croire soit en l'existence de Dieu soit en son contraire avec, en
prime, la certitude qu'on pourrait très bien se tromper. C'est très
bien comme ça.
Je disais
plus haut qu'il n'existe aucun indice alors qu'il en existe deux: la
naissance et la mort. En ce qui concerne la mort je suis tout
disposé à admettre la possibilité invérifiable qu'on cesse d'exister
après sa mort comme la flamme d'une bougie qu'un coup de vent aurait
éteinte. Ce qui me trouble c'est de devoir admettre qu'on ne
commence à exister, il ne faut choquer personne, soit au moment de
sa conception soit à celui de sa naissance ou à un moment
indéterminé entre ces deux instants. Il y a là un mystère qui
inspire le respect.
La semaine
prochaine la congrégation des ligues féministes se réunira pour
célébrer le droit à l'avortement sous le thème C'est aux femmes
de décider*. Il y a longtemps un tribunal avait été appelé à se
prononcer sur la légalité de la pratique de l'avortement.
Fallait-il, comme le défendent ceux qui se font appeler les
Pro-vie, accepter que, dès le moment de sa conception, le foetus
est un être humain, un membre de la société. Les Pro-choix,
au contraire, affirment que, jusqu'à l'accouchent/naissance, le
foetus est un intrus dans le corps de sa mère d'où elle a le droit
de le déloger en avortant. La question est réglée le juge a rendu sa
décision; jusqu'au moment de l'accouchement/naissance l'avortement
n'est pas un infanticide au sens de la loi même quand le foetus
aurait été viable. Les médecins affirment qu'un avortement tardif
comporte des dangers pour la santé de la mère et qu'il doit être
évité. Il est arrivé, cependant, que le foetus survive à son
avortement. On l'a euthanasié. C'est rare mais possible, disgracieux
et tout à fait légal. La décision du tribunal est conforme aux
valeurs de la modernité. Serait-il quand même possible de discuter
des modalités de l'avortement au Modernistan.
La pratique
de l'avortement devenue un étalon de mesure du bien-être des femmes.
Il faudrait voir à ne pas s'enflammer la brassière sur la question.
On avait parlé d'une pratique exceptionnelle pour mettre un terme à
une grossesse indésirable. Avec près de 40 000 avortements par année
au Québec seulement, c'est devenu une banale forme de contraception.
Il n'y a pas là matière à célébration; même si la loi considère que
le foetus n'est pas plus un être humain que ne le sont les crottes
de nez. Ça contrevient aux valeurs de la modernité, c'est entendu,
mais il n'est pas interdit de manifester du respect envers cet amas
de tissu indésirable qui nous aurait étonné si on l'avait autorisé à
devenir quelqu'un.
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http://www.ffq.qc.ca/actions/20e-Chantal-Daigle/20e-Chantale-Daigle.html