La Gazette des gonzes


Le 23 septembre 2009

Yves Pageau

Y a-t-il des pépins dans le pépin?

C'est troublant de penser que des adultes, autrement raisonnables, feignent croire les balivernes que leur racontent les curés. La vie éternelle, l'au-delà soit à la droite de Dieu soit à la gau-gauche de Diable, la résurrection, les nuages, les harpes, les flammes perpétuelles et surtout le sang rédempteur déguisé en vin de mauvaise qualité. Tout ça ressemble aux histoire qu'on raconte aux enfants à l'heure d'aller au lit pour les terroriser jusqu'au matin. Ce serait tellement plus simple d'admettre qu'on n'a aucun moyen de savoir ni l'existence de Dieu ni sa non-existence ni ce qui adviendra de la tante à héritage après qu'on aura touché le magot. On peut toujours spéculer mais ce sera sans indice. Aucune hypothèse n'est vérifiable.

Ceux qui professent la croyance en la non existence de Dieu ne sont, eux aussi, rien d'autre que des croyants. Demandez leur de dévoiler leurs preuves et ils s'empresseront de parler de la raison raisonnable et des superstitions méprisables qui ont maintenu l'humanité dans l'ignorance. Eux non plus ne savent pas de quoi ils parlent mais ils en parlent avec mépris envers ceux qui ne partagent pas leur croyance. On aime bien affirmer qu'on sait alors qu'on ne fait que croire. Nous sommes tous des agnostiques, des êtres sans connaissance. C'est très bien comme ça. Il reste la liberté de croire soit en l'existence de Dieu soit en son contraire avec, en prime, la certitude qu'on pourrait très bien se tromper. C'est très bien comme ça.

Je disais plus haut qu'il n'existe aucun indice alors qu'il en existe deux: la naissance et la mort. En ce qui concerne la mort je suis tout disposé à admettre la possibilité invérifiable qu'on cesse d'exister après sa mort comme la flamme d'une bougie qu'un coup de vent aurait éteinte. Ce qui me trouble c'est de devoir admettre qu'on ne commence à exister, il ne faut choquer personne, soit au moment de sa conception soit à celui de sa naissance ou à un moment indéterminé entre ces deux instants. Il y a là un mystère qui inspire le respect.

La semaine prochaine la congrégation des ligues féministes se réunira pour célébrer le droit à l'avortement sous le thème C'est aux femmes de décider*. Il y a longtemps un tribunal avait été appelé à se prononcer sur la légalité de la pratique de l'avortement. Fallait-il, comme le défendent ceux qui se font appeler les Pro-vie, accepter que, dès le moment de sa conception, le foetus est un être humain, un membre de la société. Les Pro-choix, au contraire, affirment que, jusqu'à l'accouchent/naissance, le foetus est un intrus dans le corps de sa mère d'où elle a le droit de le déloger en avortant. La question est réglée le juge a rendu sa décision; jusqu'au moment de l'accouchement/naissance l'avortement n'est pas un infanticide au sens de la loi même quand le foetus aurait été viable. Les médecins affirment qu'un avortement tardif comporte des dangers pour la santé de la mère et qu'il doit être évité. Il est arrivé, cependant, que le foetus survive à son avortement. On l'a euthanasié. C'est rare mais possible, disgracieux et tout à fait légal. La décision du tribunal est conforme aux valeurs de la modernité. Serait-il quand même possible de discuter des modalités de l'avortement au Modernistan.

La pratique de l'avortement devenue un étalon de mesure du bien-être des femmes. Il faudrait voir à ne pas s'enflammer la brassière sur la question. On avait parlé d'une pratique exceptionnelle pour mettre un terme à une grossesse indésirable. Avec près de 40 000 avortements par année au Québec seulement, c'est devenu une banale forme de contraception. Il n'y a pas là matière à célébration; même si la loi considère que le foetus n'est pas plus un être humain que ne le sont les crottes de nez. Ça contrevient aux valeurs de la modernité, c'est entendu, mais il n'est pas interdit de manifester du respect envers cet amas de tissu indésirable qui nous aurait étonné si on l'avait autorisé à devenir quelqu'un.

 

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* http://www.ffq.qc.ca/actions/20e-Chantal-Daigle/20e-Chantale-Daigle.html