Ne touche
pas à mon Marc Lépine
Ça fait
plaisir à voir. Offrez une belle grosse occasion de peu-peur, un
bone setter ou un Marc Lépine d'opérette et c'est le festival de
la grosse connerie dégoulinante dans les médias. Soudainement il y
aurait des milices suprémacistes masculines qui fourbiraient leur
pétoire à cornet. Pourquoi? Parce qu'un rigolo s'amuse à parler d'un
personnage imaginaire nommé Marc Lépine. C'est de mauvais goût, on
ne peut que l'admettre, un peu bébé-lala mais d'aucune façon
inutile.
Imaginons
que l'initiative qui a donné naissance au site tellement décrié
n'est que la caricature du
zeitgeist
qui, depuis vingt ans, représente le personnage sous les traits d'un
Freddy d'opérette.
Personne ne l'a encore fait.
La farce est grosse. Si personne ne l'a comprise
c'est sans doute que dans l'imaginaire des comptoirs d'épicerie Marc
Lépine est un personnage plus important que Terry Fox. Refuser
d'adhérer à la seule interprétation acceptable du personnage c'est
aussi affirmer qu'on n'a aucune raison d'avoir honte d'être un gars.
Depuis vingt ans que dure la supercherie il fallait bien que
quelqu'un transgresse le tabou. C'est fait et ce n'est pas trop tôt.
Marc Lépine était-il un psychonoïaque? Personne ne peut l'affirmer
et, pour tout dire, on s'en étrangle le borgne. S'il avait été une
femme son geste serait classé avec les autres faits divers
dramatiques qui assaisonnent l'actualité. On en parle pourtant comme
s'il avait changé à jamais l'équilibre karmique des trois mondes. Ça
suffit.
Il faut
savoir qu'un film pamphlet
lance la pierre aux hommes du Québec. Nous aurions tort de ne pas
avoir honte d'exister. Nous sommes accusés de masculinisme,
un terme dont le Grand dictionnaire terminologique que publie
l'Office de la langue française affirme qu'il est
insignifiant parce qu'il désigne à la fois deux réalités
antinomiques.
Le
raz le bol de ceux à qui le féminisme misandre reproche de ne pas
être une femme n'a pas encore brandi de pancarte. C'est imminent.