La Gazette des gonzes

Le 8 mars 2010


M'sieur Pageau

Chapelle

Il fallait entendre mon père parler de l'oncle Adélard. Je pourrais monter un programme touristique complet avec le personnage; tous les soirs après l'ouverture des boutiques de la rue Principale et juste avant l'Angélus je raconterais l'une des aventures de l'oncle Adélard à une foule enthousiaste et prospère. Toujours est-il que l'oncle en question devait être l'oncle de ma grand-mère. Un jour le nom du personnage s'est transformé en titre. Adélard Brodeur est devenu l'oncle Adélard le premier du nom. Il l'est resté depuis.

On ne se souvient du personnage que le fait qu'il était un inventeur. Chacune de ses inventions est le fait d'un récit mémorable dont la chute est toujours anticipée avec le sourire. C'est pour ne pas gâcher mes effets que je ne parlerai ni de la légendaire machine à marcher sur l'eau MD ni de l'extraordinaire machine distributrice de bouteilles. Les modernes, ceux qui se disent modernes même s'ils sont incapables de nommer les valeurs de la modernité, ces gens là disent que je jacte le Cantonais quand j'évoque ce qui a précédé leur naissance. Pensez-donc. Il y avait des Pageau bien avant que les femmes sachent se servir d'un bouton à quatre trous.

Je dois bien avoir quelque chose de l'oncle A. qui coule en moi. C'est pas pour me vanter mais je cherche toujours la solution la plus simple aux problèmes; des fois quand je réfléchis bien je me rend compte qu'il ne se pose aucun problème. Pas de problème, pas de solution comme disait Emmanuel Kant. Ça fait longtemps que je me pose la question: comment tout ça va-t-il finir? Les hypothèses m'ont toujours laissé perplexe. On imagine toujours un camp triomphant et l'autre dévasté. C'est une hypothèse qui me déplait. Je ne parviens pas à m'imaginer en seigneur triomphant chargé de tenir la bride serrée à une centaine de féministes repenties. Ça m'ennuierait au début.

Cette fois-ci j'ai trouvé le scénario qui n'oublie personne. Tout le monde y gagne. Il n'a qu'un défaut: c'est un scénario dans lequel je n'ai aucun rôle. Qu'importe.

Partons du principe que le féminisme est dans une impasse. Elles ont obtenu tout ce qu'elles souhaitent incluant le contrôle sur l'appareil gouvernemental. Le déclin est amorcé, le discours de ses porte-parole est devenu antinomique*. Il faut que le féminisme ouvre une nouvelle voie.

Imaginez une grosse poche du féminisme d'État. Je ne nomme personne mais les télépathes savent à qui je pense. Imaginez que la grosse poche en question, appelons la ici madame Chapelle, déclare la fin du féminisme d'État, que l'égalité est réciproque ou ce que vous voudrez du moment que la guerre des sexes prend fin. On ne parle plus de Marc Lépine ni pour en dire du mal ni pour en dire du mal.

Après? Après plus rien. Le portrait de la madame féministe remplace celui de Françoise David dans les manuels scolaires. On parlera encore d'elle dans cent ans devant sa statue placée à un endroit fréquenté. C'est ce que j'appelle une sortie qui a du panache. Un panache qui contribue à l'exercice budgétaire. On s'en souviendra.

*antinomie n. f.

1 Contradiction réelle ou apparente entre deux lois, deux principes.  opposition. « de même devons-nous protéger en nous toutes les antinomies naturelles » (A. Gide).

2 Chez Kant, Conflit entre les lois de la raison pure. — Conflit dialectique. « Proudhon aurait pu se passer du terme hégélien antinomie » (Sainte-Beuve).

3  paradoxe .