Le 26 avril 2010

Yves Pageau
Le cover boy de Têtu

Je commence à m'ennuyer de Mireille Mathieu

L'histoire se passe dans une agence de publicité. On ne sait plus trop bien dans quelle ville mais on fait des repérages ici et là à Toronto, New York et Montréal. Qu'importe. Dans la première partie on comprend que, dans l'industrie de la réclame publicitaire, il est courant et tout à fait acceptable de dénigrer les hommes. C'est le seul groupe qui ne puisse faire entendre sa voix et si, occasionnellement, elle devait s'élever on feindra ne rien entendre. C'est l'étape d'un tour que les prestidigitateurs appellent le pacte. C'est celui où l'artiste tente de convaincre son auditoire qu'il n'y a aucun trucage.

L'attention se déplace vers un personnage, un homme ordinaire, qui fait une crise à chaque fois qu'on lui sert un message misandre. Jadis il avait tenté de loger une plainte auprès d'organismes comme de la corporation professionnelle des journalistes, des diffuseurs, d'un organisme autorégulateur de l'industrie publicitaire chargé, au besoin, de sanctionner l'un de ses membres. Maintenant il ne fait que rager; c'est tout aussi efficace.

Dans le cours de l'histoire notre personnage apprend que la chaîne de quincaillers RONA est l'objet d'un boycott. Sa campagne publicitaire misandre aurait déplu. Avez-vous déjà vu comment c'est fait une campagne de boycott? C'est du vent, ça ni effet ni force de persuasion. Autant péter Au clair de la lune. C'est comme envoyer quelqu'un chier. Rien; sans conséquence. Mais, au fait, est-ce que le quincailler en question tient à sa réputation de citoyen corporatif responsable au point où il accepte de réviser son discours publicitaire? Ce n'est pas tellement important puisqu'alors il resterait toutes ces autres réclames qui mettent en scène un imbécile méprisable. C'est là que l'histoire devient intéressante.

Pour être efficace il ne suffit pas de d'adresser à l'annonceur. C'est presqu'inutile. Il faut faire frémir l'agence de publicité qui l'a conseillé. Au travers elle c'est toute l'industrie des communications qui est invitée à s'ajuster. Vous savez ce qui fait frémir la direction d'une agence de publicité? L'idée qu'elle puisse perdre un client. Pas juste les gros clients mais c'est vrai que les petits clients sont autant d'ouvrage à conserver.

Suivez bien ma pensée. Une pincée de manifestants demandent le boycott et invitent les clients à ne pas traverser la ligne de piquetage. Qu'importe la cause ça ne sera jamais qu'un prétexte. Parce que la campagne publicitaire de RONA dénigre les femmes pourquoi pas?

L'annonceur est furieux. Sa campagne publicitaire est foutue et qui c'est qui l'avait conseillé? C'est pas madame Minou certain. Ça sent le cul botté d'ici. Hého c'est pas tout. Il y a aussi l'avocat de l'ex-client qui réclame des dommages. Quoi? Vous auriez dû le savoir; c'était prédit dans la Gazette des gonzes.

Ça tombe bien puisque le personnage dont nous avons parlé plus tôt est libre ce samedi. Il téléphone à quelques copains et s'il pleut on sortira des imperméables pour la chasse. Avant la fin de la journée un grosse pointure de la compagnie sera passé voir ce qui se passe. Avant la fin de la journée de lundi il y aura des révisions de plan de carrière dans l'industrie de la publicité. C'est l'étape du tour que les prestidigitateurs appellent l'effet. C'est celui où l'artiste tente de convaincre son auditoire que quelque chose d'étrange vient de se produire; la jolie assistante a été coupée à la taille, des poissons sont apparus ou l'oiseau a disparu. C'est l'effet.

C'est à ce moment de l'histoire que l'industrie de la pub entreprend une révolution qui lui profite bien à la fin. C'est aussi l'étape d'un tour que les prestidigitateurs appellent le prestige. C'est celui où l'artiste tente de convaincre son auditoire que les choses sont redevenue comme avant. L'assistante a retrouvé ses jambes, les poissons sont disparus et l'oiseau est réapparu. C'est le prestige. Prenez des notes. Ça pourrait être utile.