Le 15 août 2010

 

Yves Pageau...

Extorsion fiction

Chacun des privilèges distribués par le parti politique au pouvoir est accompagné d'une parcelle du pouvoir de l'État. Comprenons-nous bien. Quand on me demande si je crois que les partis politiques ne se préoccupent pas de l'intérêt de l'État mais du leur je me contente de sourire. Quand on pose la question c'est qu'on connait la réponse. Le pouvoir se transige. Il y aura toujours quelqu'un disposé à payer le prix pour en profiter. Quand je dis qu'il se transige c'est que le marché existe. La nature a horreur du vide. Prenez, par exemple, une organisation syndicale. Quelle est sa fonction? Transiger les pouvoirs. Partout où il y a du pouvoir les syndicats souhaitent percevoir des cotisations syndicales.

Pensez à la proverbiale enveloppe brune. Si les magistrats n'étaient pas aussi incorruptibles qu'on le prétend il est probable que leurs décisions aussi se transigeraient sur les marchés. Quand on a du pouvoir on en profite. Il est possible que ceux qui se prétendent incorruptibles n'ont jamais eu l'occasion qui aurait pu faire d'eux un larron. Je ne suis pas de ceux qui lancent facilement  la pierre; il faudrait seulement rendre nos systèmes assez étanches pour tenir la tentation à distance. Combien ça vaut la liberté dans le sens de pas-la-prison? Il faut qu'il ait bouffé du cannibale pour qu'un membre de la magistrature soit réprimandé. Sans doute la traditionnelle corruption de l'appareil judiciaire épargne-t-elle l'époque contemporaine. Plus tard, quand l'époque contemporaine sera chose du passée, nos descendants pourraient nous juger avec sévérité. En attendant l'appareil judiciaire n'est pas corrompu.

Revenons à l'organisation syndicale. Selon les principes du syndicalisme chacun des membres délègue à son syndicat une fraction de son salaire et certains de ses pouvoirs. Fort de ces cotisations et de ces pouvoirs le syndicat intimide l'employeur, les gouvernements et l'appareil judiciaire pour obtenir de meilleurs conditions pour tout le monde. C'est l'intimidation érigée en système. C'est ainsi que les syndicats sont devenus riches et puissants. À force d'intimider les gouvernements ils finissent par en usurper le contrôle.

Quand on est un syndicat et qu'on souhaite intimider on peut exercer une foule de moyens de pressions. Les refuges pour femmes victime, par exemple, forment des associations qui sont membres de la grande Fédération des femmes (FFQ). À défaut de connaître les liens d'affaire qu'entretient la FFQ avec la grande centrale syndicale fémicentriste personne ne nie la sympathie mutuelle des deux organisations. Quand la FFQ organise une manifestation monstre, les mannequins de vitrine qui manifestent en brandissant chacun une pancarte sont transportés dans les véhicules de la CSN. Ce sont des fiers-à-bras de de CSN qui maintiennent les photographes à distance.

Imaginez que, pour nuire au fonctionnement de l'industrie locale, le refuge pour femmes victimes de la région entreprenne une campagne de promotion en faveur de la dénonciation du conjoint. Plusieurs sont expulsés de leur foyer, coupés de leurs enfants et accusés d'avoir commis un acte criminel envers une femme. Tabou compte double. Ça déprime, ça démissionne, ça parle de suicide, ça te fout l'économie locale sur le cul. L'employeur cède, la FFQ reçoit sa commission qu'elle pourrait choisir de ne pas redistribuer. Dans ce contexte le trafic d'influence n'est pas illégal.

Selon ce scénario strictement imaginaire le syndicat fait le trafic d'influence en gros. On pourrait aussi imaginer qu'un refuge pour femmes victimes offre son influence au détail à une clientèle locale. Ses généreux donateurs et leur famille, par exemple, seraient soustrait à l'acharnement dont la direction du refuge est capable. C'est un racket de protection et c'est légal; c'est pour des femmes pensez-donc. Il ne faudrait rien faire pour nuire à la prolifération de l'engeance.