Extorsion fiction
Chacun des privilèges distribués par le parti politique au pouvoir
est accompagné d'une parcelle du pouvoir de l'État. Comprenons-nous
bien. Quand on me demande si je crois que les partis politiques ne
se préoccupent pas de l'intérêt de l'État mais du leur je me
contente de sourire. Quand on pose la question c'est qu'on connait
la réponse. Le pouvoir se transige. Il y aura toujours quelqu'un
disposé à payer le prix pour en profiter. Quand je dis qu'il se
transige c'est que le marché existe. La nature a horreur du vide.
Prenez, par exemple, une organisation syndicale. Quelle est sa
fonction? Transiger les pouvoirs. Partout où il y a du pouvoir les
syndicats souhaitent percevoir des cotisations syndicales.
Pensez à la proverbiale enveloppe brune. Si les magistrats n'étaient
pas aussi incorruptibles qu'on le prétend il est probable que leurs
décisions aussi se transigeraient sur les marchés. Quand on a du
pouvoir on en profite. Il est possible que ceux qui se prétendent
incorruptibles n'ont jamais eu l'occasion qui aurait pu faire d'eux
un larron. Je ne suis pas de ceux qui lancent facilement la
pierre; il faudrait seulement rendre nos systèmes assez étanches
pour tenir la tentation à distance. Combien ça vaut la liberté dans
le sens de pas-la-prison? Il faut qu'il ait bouffé du cannibale pour
qu'un membre de la magistrature soit réprimandé. Sans doute la
traditionnelle corruption de l'appareil judiciaire épargne-t-elle
l'époque contemporaine. Plus tard, quand l'époque contemporaine sera
chose du passée, nos descendants pourraient nous juger avec
sévérité. En attendant l'appareil judiciaire n'est pas corrompu.
Revenons à l'organisation syndicale. Selon les principes du
syndicalisme chacun des membres délègue à son syndicat une fraction
de son salaire et certains de ses pouvoirs. Fort de ces cotisations
et de ces pouvoirs le syndicat intimide l'employeur, les
gouvernements et l'appareil judiciaire pour obtenir de meilleurs
conditions pour tout le monde. C'est l'intimidation érigée en
système. C'est ainsi que les syndicats sont devenus riches et
puissants. À force d'intimider les gouvernements ils finissent par
en usurper le contrôle.
Quand on est un syndicat et qu'on souhaite intimider on peut exercer
une foule de moyens de pressions. Les refuges pour femmes victime,
par exemple, forment des associations qui sont membres de la grande
Fédération des femmes (FFQ). À défaut de connaître les liens
d'affaire qu'entretient la FFQ avec la grande centrale syndicale
fémicentriste personne ne nie la sympathie mutuelle des deux
organisations. Quand la FFQ organise une manifestation monstre, les
mannequins de vitrine qui manifestent en brandissant chacun une
pancarte sont transportés dans les véhicules de la CSN. Ce sont des
fiers-à-bras de de CSN qui maintiennent les photographes à distance.
Imaginez que, pour nuire au fonctionnement de l'industrie locale, le
refuge pour femmes victimes de la région entreprenne une campagne de
promotion en faveur de la dénonciation du conjoint. Plusieurs sont
expulsés de leur foyer, coupés de leurs enfants et accusés d'avoir
commis un acte criminel envers une femme. Tabou compte double. Ça déprime, ça
démissionne, ça parle de suicide, ça te fout l'économie locale sur
le cul. L'employeur cède, la FFQ reçoit sa commission qu'elle
pourrait choisir de ne pas redistribuer. Dans ce contexte le trafic
d'influence n'est pas illégal.
Selon ce scénario strictement imaginaire le syndicat fait le trafic
d'influence en gros. On pourrait aussi imaginer qu'un refuge pour
femmes victimes offre son influence au détail à une clientèle
locale. Ses généreux donateurs et leur famille, par exemple,
seraient soustrait à l'acharnement dont la direction du refuge est
capable. C'est un racket de protection et c'est légal; c'est pour
des femmes pensez-donc. Il ne faudrait rien faire pour nuire à la
prolifération de l'engeance.